Semaine 100 : A la pêche aux silures

Photo : 06.04.2008 - Pêcheur de silures
Dimanche matin. Il est 7H30 quand je prends au passage Martine, docteur vélo. Bien que son contrat soit terminé depuis le 1er avril, Martine a décidé de continuer à oeuvrer comme chirurgien bénévole à l’hôpital de Gaweye. Les Nigériens voulaient la mettre dans le rôle de garde ce week-end, mais là, basta ! Elle a refusé ! Bien que la température soit encore très acceptable la nuit, surtout au lever du jour, il vaut mieux se lever tôt pour effectuer nos balades avant que le soleil ne devienne trop généreux. Une jeune Nigérienne nous accompagne, Biba, l’amie de Pascal, notre dentiste. Lui fait la grasse matinée. Il joue d’un instrument dans un orchestre, et il a passé une bonne partie de la nuit à animer une fête d’anniversaire.
Si Biba nous accompagne, c’est parce que nous allons nous rendre dans le village de N’Dounga, à une vingtaine de kilomètres au sud de Niamey, sur la rive gauche du Niger. Ce village est « sponsorisé » par Pascal. Son ami Nyandou, pêcheur et piroguier émérite, nous y attend. Il discute en djerma avec Biba, puis nous fait signe de le suivre.
Nous longeons la digue qui sépare les rizières du fleuve. Après un court trajet, nous apercevons un rassemblement de villageois. Deux pompes sont disposées du côté des rizières. Les villageois y ont aménagé plusieurs espaces inondés, où ils avaient mis de petits silures afin qu’ils grossissent. Maintenant, ils récoltent le résultat d’une partie de leur élevage... Hier soir, ils ont isolé un tiers de l’espace de pisciculture en élevant une petite digue de terre. A l’aide des pompes qu’ils ont louées, ils ont enlevé l’eau toute la nuit.
De grandes flaques subsistent encore. Des remous à la surface montrent les poissons cherchant refuge dans les profondeurs de la vase. Des villageois pataugent dans le vivier ainsi délimité, déplaçant les tuyaux des pompes pour qu’elles puissent l’assécher au maximum. Avec de l’eau jusqu’aux cuisses, un homme brandit une perche terminée par trois pointes qu’il lance de temps en temps dans l’eau fangeuse, sans grand succès, semble-t-il. Il reste encore trop d’eau. Les silures, de gros poissons-chats, esquivent encore facilement ses coups. L’homme nous a vus, les « Nazaras ». Il s’approche. Il sort d’un sac un gros silure qu’il brandit fièrement. La pêche n’en est qu’à ses débuts. Le sac devrait bientôt être rempli, plusieurs sacs sans doute.
Notre guide discute maintenant sur la digue avec le chef du village. La dispute est plutôt animée. Nyandou a passé la nuit à travailler dans le vivier. Maintenant que le moment est venu de sortir le poisson, on voudrait l’exclure. Il est furieux, mais gageons qu’il pourra faire valoir ses droits le moment venu !
Pour se calmer, Nyandou nous invite à traverser dans sa pirogue le Niger, qui a bien baissé ces derniers temps. Une belle occasion pour observer les oiseaux qui nichent dans les broussailles longeant le fleuve, et qui s’envolent à notre passage. Nous débarquons sur l’autre rive. Nous gravissons la falaise, où nous retrouvons, sur le plateau de l’autre côté d’un ravin, la petite école en paillote que nous avions découverte lors d’une balade précédente au kori du Diable. Nous repérons un chemin qui descend de la falaise, et qui devrait nous permettre prochainement de revenir en voiture directement de l’autre côté du fleuve. De balade en balade, le monde est petit, même au Niger !