Semaine 89 : Réveillon sous les étoiles

Photo : 01.01.2008 - Le Peul sert l'eau chaude

Photo : 01.01.2008 - Les Touaregs
La falaise de Boki. Où trouver un endroit plus spectaculaire pour passer le réveillon et franchir le seuil de l’an neuf ? Nous sommes arrivés bien avant le coucher du soleil, pour avoir le temps de monter le campement, ramasser le bois pour le feu de camp de la soirée, et admirer le paysage de la Gourbie en ce dernier jour de l’année. Les tentes de Martine (Docteur vélo) et d’Alain, notre invité, ainsi que notre moustiquaire, ont été vite dressés sur la pointe du promontoire. Frank, notre ami hollandais, son épouse, son fils et ses deux filles préparaient leurs matelas pour dormir à même le sol en retrait sur le plateau, sans autre protection que des couvertures bien nécessaires avec la fraîcheur régnant la nuit en cette saison.
Au menu du réveillon, des « oliebollen » (beignets aux raisins), tradition hollandaise pour le nouvel an, préparés par Willemien, l’épouse de Frank, du poisson fumé apporté de Belgique par Alain, des brochettes de viande grillées au feu de bois, le tout arrosé d’un bon petit vin. A minuit, après les salutations d’usage, chacun est allé retrouver sa couche pour rêver sous les étoiles...
Pas besoin de réveil le matin, le chant des oiseaux suffit dès le lever du soleil pour donner le signal du saut du lit en ce premier jour de l’an. Pendant que Paula démonte minutieusement notre moustiquaire et la tente d’Alain, je ranime sans effort les braises du feu de camp avec des brindilles de bois restant de la veille pour y mettre chauffer l’eau du café et du thé matinal. Pendant que nous préparons le petit déjeuner, nous recevons la visite d’un jeune homme d’une vingtaine d’années, un Peul, le torse nu, qui se met à inspecter le campement. Il trouve deux bouteilles de coca et une de bière, presque vides, qu’il termine au goulot avec une mine approbatrice. Qu’Allah lui pardonne ces quelques gouttes d’alcool !
Notre visiteur est particulièrement attiré par le feu de camp et la bouilloire brûlante qui s’y trouve. Il la soulève par la poignée sans présenter le moindre signe de douleur, puis se montre perplexe face au gant ignifugé que nous avions placé à proximité, un gant de main gauche qu’il tente d’enfiler à la main droite, sans succès évidemment. Il tente bien de nous communiquer ses états d’âme, mais ne parlant que le foulfouldé, la langue des Peuls, impossible d’échanger au-delà de quelques gestes. Deux jeunes Peuls le rejoignent, et nos nouveaux amis insistent pour nous aider à lever le camp, observant avec admiration la manière dont notre table pliante se retrouve en un instant confinée dans une petite valise...
Nous rejoignons la vallée, où nous pataugeons à pieds nus dans le kori de Boki, un des rares ruisseaux alimentés en eau en toute saison. A midi, dans un endroit ombragé au confluent du ruisseau avec la Gourbie, nous pique-niquons sous le regard curieux d’une vingtaine de gamins peuls, habillés de bleu, certains âgés de 4 ans à peine. Presque toute une classe maternelle... Soudain, deux dromadaires apparaissent, montés par des Touaregs, en grande tenue blanche et enturbannés. Leur selle n’est pas arrimée sur le dessus de la bosse, comme pour les touristes, mais un peu en avant, ce qui leur permet de bien placer leurs pieds nus sur le cou de la bête pour mieux la diriger. Les gamins s’égaillent, manifestement apeurés. Un réflexe ancestral, du temps où les Touaregs faisaient des razzias pour ramener des enfants en esclavage. Certains gosses se réfugient tout près de nous. Les Touaregs ne sont pas armés... Ouf ! Dans le climat d’insécurité actuel, une mauvaise rencontre est toujours possible. Ils nous demandent simplement de les photographier, puis ils disparaissent dans le lit de la Gourbie, et les gamins reprennent calmement leur poste d’observation.